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Imaginer l’avenir

Qu’il s’agisse de composer avec des parents un peu trop insistants ou de dévoiler la psychologie de l’art, quatre professionnels de l’éducation expliquent comment stimuler, mesurer et respecter la créativité des élèves et évoquent les portes qu’ouvrent les programmes de l’IB pour les élèves.

Imaginer l'avenir

Des compétences pour toute la vie

Chris Beddows, enseignant, International School of Como (ISC), Italie

« Et si je me trompe ? » se demandent souvent les élèves face à un devoir créatif. Ils ont peur de l’inconnu, ils n’ont pas envie de créer quelque chose de différent des autres, et par conséquent, les travaux se ressemblent tous. Depuis que j’enseigne, je m’efforce d’être toujours créatif. Je crois que la créativité engendre l’audace et les enfants qui prennent des risques sont plus motivés, optimistes et enthousiastes. Ils sont prêts à faire des expériences sur leur réflexion, à contester des idées. Et ils n’ont pas peur de faire des erreurs.

J’ai découvert que la planification collaborative était un bon moyen d’intégrer la créativité. À l’ISC, le personnel se réunit régulièrement en petits groupes pour discuter des unités et des activités qui seront réalisées en cours. Cela nous permet de trouver des manières créatives de stimuler et de mener la recherche.

À la rentrée de septembre dernier, nous nous sommes lancés dans une unité de recherche intitulée « décisions, décisions » (Qui nous sommes). Le premier travail des élèves était de choisir où s’asseoir et comment organiser la salle de classe. Cette activité créative m’a donné la possibilité de voir comment ils gèrent leurs travaux et communiquent les uns avec les autres.

L’utilisation de la technologie est un élément essentiel de la créativité en classe. Un tableau interactif, par exemple, permet d’inspirer des leçons et de stimuler les points de départ.

L’un des objectifs de l’IB est de former des apprenants tout au long de la vie. Je pense que si nous prévoyons plus de travaux créatifs en classe, et si nous permettons aux élèves de faire preuve de plus de créativité, alors, quelles que soient leurs expériences d’apprentissage à venir, ces compétences leur permettront toujours de réussir, d’être créatifs et de faire une différence dans le monde.



La conception subtile du PP

Abhimanyu Das Gupta, coordonnateur du PP, Pathways World School, Aravali, Gurgaon, Inde

 

Jean Piaget, psychologue du développement, est connu pour ces lignes : « L'objectif principal de l'éducation est de créer des hommes qui sont capables de faire de nouvelles choses, sans se contenter de répéter ce que les autres générations ont fait. Des hommes qui sont créatifs, inventeurs et explorateurs. »

L’un des aspects les plus plaisants du PP est la place donnée à la créativité. Celle-ci est évidente dans le programme, tant pour les élèves que pour les enseignants. Ensemble, les différents éléments du PP permettent de former des apprenants plus créatifs.

Sa nature transdisciplinaire implique que les élèves peuvent utiliser les arts et la technologie pour leurs recherches, apprendre de manière globale et présenter leurs conclusions de manière créative et intéressante. Les enseignants peuvent également inciter les élèves à trouver de nouvelles manières de s’exprimer.

Dans un module de la cinquième année portant sur l’utilisation des technologies pour s’exprimer, mes élèves ont créé des présentations à l’aide de Windows Movie Maker, Photoshop et PowerPoint, entre autres. Certains ont même utilisé Glogster pour créer leur propre blog. Dans un autre module, en quatrième année, les élèves ont créé un modèle en trois dimensions pour représenter l’écosystème de leur choix ; chaque modèle illustre non seulement la compréhension de l’élève, mais aussi ses compétences artistiques.

Le contenu et les méthodes de communication du PP sont parfaitement adaptés aux capacités cognitives et créatives des élèves. Cela leur permet de penser hors des sentiers battus, de développer leurs aptitudes à résoudre des problèmes et de trouver de nouvelles idées.

Le profil de l’apprenant de l’IB favorise également la créativité des apprenants. À travers ses différentes qualités, il s’efforce de renforcer toutes les caractéristiques qui contribuent au développement complet de l’enfant, formant ainsi un enfant qui n’a pas peur de prendre des risques, qui est ouvert aux idées nouvelles, toujours prêt à la réflexion et à la recherche, qui fait les bons choix et s’intéresse à la planète et à ses habitants. En absorbant ces caractéristiques, nos apprenants deviennent capables d’instaurer de nouvelles règles, de nouvelles politiques, de nouvelles structures sociales, de nouvelles conceptions, et même une nouvelle façon de voir le monde, grâce à un esprit plus ouvert, plus attentif aux rapports humains et mieux ancré dans la réalité d’un monde en évolution constante.


Une culture de l’apprentissage

Angela Riggs, chef d’établissement adjointe et coordonnatrice du PP, ACS Egham International School, Royaume-Uni

La plupart des enfants sont extrêmement créatifs et aiment utiliser leur imagination. Alors pourquoi, arrivés à l’âge adulte, la plupart d’entre nous ont-ils l’impression d’avoir perdu cette créativité ? Que se passe-t-il, au cours de la croissance, qui nous fait perdre cette flamme ?

Dans son livre Out of Our Minds : Learning to be Creative, Sir Ken Robinson écrit que de nombreux adultes estiment à tort ne pas être créatifs. Il affirme que la racine du problème se trouve à l’école et à l’université : de nombreuses personnes terminent leurs études sans avoir la moindre mesure de leurs capacités créatives.

Il est de plus en plus reconnu que la créativité ne signifie pas seulement trouver de nouvelles idées, mais également trouver des solutions concrètes aux problèmes quotidiens. La créativité est une manière de réfléchir qui nous permet de porter un regard nouveau sur les choses et d’explorer de nouvelles possibilités, plutôt que de nous tourner vers des approches déjà connues.

Aujourd’hui, la créativité est largement considérée comme une composante essentielle de la croissance économique, puisque les employeurs recherchent toujours l’amélioration. Le défi, pour les professionnels de l’éducation, est de développer et de nourrir la créativité naturelle, de s’assurer qu’elle n’est pas étouffée. Les établissements scolaires se contentent trop souvent de former les enfants dans un moule pendant que « le système » les met sur la bonne voie.

Je pense que la clé pour favoriser la créativité est de laisser aux élèves le temps de penser, seuls ou avec les autres. Les enseignants d’ACS Egham s’efforcent de créer une culture de l’apprentissage qui rappelle aux élèves que la vérité absolue n’existe pas. Nous essayons de leur apporter un environnement où ils sentent qu’ils peuvent prendre des risques et apprendre de leurs erreurs. Toutes les réflexions ont leur place, nous ne rejetons les idées de personne. Et par-dessus tout, nous devons reconnaître que la créativité, si elle est innée chez les jeunes enfants, est une compétence qui peut être renforcée à l’aide d’un bon apprentissage.

 

Apprivoiser le tigre

Timothy Walters, professeur assistant de gestion, Université du Cambodge, et directeur de TrainCambodia.org

 

En janvier 2011, Amy Chua, professeure de droit à l’université Yale, a publié Battle Hymn of the Tiger Mother (« l'hymne de bataille d'une mère tigre »), un livre qui a suscité des débats enflammés dans les cercles de l’éducation et au-delà. Toutefois, rares sont les personnes qui ont souligné les répercussions de l’approche d’Amy Chua sur la créativité des élèves.

Amy Chua défend un modèle de parentalité sévère « à la chinoise » pour faire des enfants des personnes tenaces qui réussissent dans la vie. Cette approche est mise en opposition avec un modèle « occidental » inférieur, selon lequel les élèves seraient démotivés et ne souhaiteraient ni ne pourraient réaliser leur plein potentiel. Les « mères tigres » chinoises se concentrent sur les résultats scolaires, tandis que les parents occidentaux saperaient leur progéniture par des encouragements trop gentils et des activités vagues et indéterminées.

Des limites franches et des attentes clairement énoncées sont des éléments essentiels. D’ailleurs, l’exemple d’encadrement parental engagé et passionné prôné par Amy Chua est louable.

Cependant, la grande faiblesse de son argumentation réside en son manque de compréhension de la réussite éducationnelle, ainsi que de la marginalisation de la créativité qui en résulte.

Amy Chua la mère tigre compare avec enthousiasme les résultats scolaires de ses filles avec ceux de leurs camarades. Tout enseignant qui a eu affaire à des parents compétitifs comme elle se souvient de l’importance exagérée qu’ils donnent aux notes, ainsi que des névroses collectives qui en résultent. Dans leur quête de prédominance, les « parents tigres » de tous les pays ne font la plupart du temps que réduire l’ambition de leurs enfants à une série limitée d’objectifs. Dans ce processus, ils réduisent la classe à un ensemble de perdants et de gagnants.

Évaluer les résultats des élèves de la sorte, de la manière plus évidente et quantifiable possible, pose un problème majeur : les possibilités d’apprentissage sont écartées dès le début. Les résultats imprévus qui forgent souvent nos expériences d’apprentissage sont simplement ignorés ou perdus.

Les « enseignants tigres » refusent tout compromis concernant l’idée que la réussite de tous les élèves est importante. Ils savent qu’une approche qui considère que la plupart des élèves sont en situation d’échec est incompatible avec une approche créative et globale du développement de l’enfant. Défendre ces valeurs ne revient pas à nier que les systèmes sociaux sont tous compétitifs, mais les enseignants tigres reconnaissent que la pensée critique est à la fois essentielle et intrinsèquement créative. Si nous le leur permettons, nos élèves développeront et exprimeront leur créativité sous des formes que nous n’avons même pas encore imaginées.